Les plantes adaptogènes

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Le concept d’adaptogène a été défini en 1947 par un scientifique russe, le Dr. N.V. LAZAREV, qui cherchait à définir l’action de plantes comme le ginseng.

Le terme « adaptogène », bien qu’étant largement utilisé, n’a pas de définition officielle, mais l’Agence Européenne de Médecine (EMEA) a établi en 2008 un document de réflexion sur le concept qui fait consensus aujourd’hui1. Il est défini comme suit :

Un adaptogène est défini comme une substance ayant la capacité de normaliser les fonctions du corps et de renforcer l’organisme soumis à un stress.

 

Le Dr. I. BREKHMAN, chef du Département de physiologie et de pharmacologie de l’adaptation à Vladivostok et ancien élève de N. LAZAREV, a poursuivi les travaux, et a décrit en 1968 trois critères pour caractériser un adaptogène :

  1. Il augmente la résistance de l'organisme contre les agresseurs de différente nature (physiques, chimiques ou biologiques) de manière non spécifique ;

  2. Il présente une influence normalisatrice, quels que soient les changements à partir des normes physiologiques ;

  3. Il montre une absence de toxicité et d’influence sur les fonctions normales de l’organisme

 

 

Pour comprendre la mode d’action des plantes adaptogènes, il est nécessaire de comprendre avant tout le mécanisme du stress, celui-ci étant abordé suivant la définition donnée par Hans Selye2, comme la réaction d’adaptation de l’organisme  à des facteurs d’agression physiologiques et/ou psychologiques.

L’organisme stressé réagit par un syndrome général d’adaptation qui a pour but de rétablir l’équilibre de base après une modification liée à ces facteurs d’agression.

Dans le cas de l’organisme humain, le syndrome général d’adaptation fait intervenir le système endocrinien, le système nerveux et le système immunitaire.

 

La réaction de stress se produit en trois phases successives :

1.     La phase d’alerte : c’est une réponse instantanée qui engendre des modifications physiologiques adaptatives. Le système nerveux soumis à un événement stressant provoque la libération d’hormones, secrétées par le système sympathique et la médullo-surrénale: adrénaline et noradrénaline. Cette activation est responsable d’effets stimulants cardio-vasculaires : augmentation de la fréquence cardiaque, de la pression artérielle, tension musculaire, entre autres. La vigilance, les capacités d’attention, de jugement, ainsi que les capacités physiques sont augmentées. Une fois la menace écartée, les systèmes de régulation entrent en jeu permettant ainsi le retour à l’équilibre.

2.     La phase de résistance : si l’exposition se prolonge, les défenses de l’organisme sont augmentées vis-à-vis de l’agent stressant, le système hormonal sécrète le cortisol, hormone du stress. Le cortisol aide l’organisme à se préparer aux dépenses énergétiques que nécessitera la réponse au stress, mais induit une immuno-dépression progressive, sa libération est à l’origine de certains symptômes, dépendants de l’intensité et de la durée d’exposition au stress, mais aussi des individus : anxiété, fatigue, tensions et spasmes musculaires, troubles du sommeil...

3.     La phase d’épuisement : il s’agit de la défaillance des capacités d’adaptation qui traduit surtout l’épuisement des glandes surrénales. La libération de sérotonine, hormone de l’humeur, chute également. Les capacités énergétiques de l’organisme s’épuisent, il ne peut plus faire face à la situation. Cette phase favorise l’apparition de pathologies appelées « maladies de l’adaptation » : hypertension artérielle, ulcères de stress, rhumatisme, fatigue chronique, troubles hormonaux, hypersensibilité émotionnelle.....

 

 

Mode d’action des adaptogènes 

Les nombreuses études du Dr. I. BREKHMAN ont permis d’identifier les processus d’action suivants :

  • Soutien des fonctions surrénaliennes, ce qui contre les effets néfastes du stress
  • Amélioration de la capacité des cellules à accéder à plus d’énergie
  • Aide aux cellules à se débarrasser de leurs déchets métaboliques toxiques
  • Donne un effet anabolique de construction
  • Aide le corps à utiliser l’oxygène de façon plus efficace
  • Facilite la rapidité de la régulation des biorythmes (aident à maintenir l’homéostasie)

 

La particularité d’action des plantes adaptogènes est que leur effet protecteur vis-à-vis du stress n’est pas le résultat d’une inhibition mais celui d’une stimulation « douce » du complexe neuroendocrinien et immunitaire, favorisant un effet protecteur vis-à-vis du stress par administration répétée.

 

Une plante adaptogène a ainsi un effet analogue à celui de l'entraînement d'un athlète qui se prépare à une compétition. Elle incite l'organisme à commencer à s'adapter au processus de stress. Lorsqu'une situation stressante se produit, les adaptogènes consommés génèrent un degré d'adaptation généralisée (ou une résistance non spécifique) qui permet à l'organisme de prendre en main la situation de stress de la manière la plus bénéfique.

 

Ainsi, pour que son effet soit optimal, il convient d’utiliser une plante adaptogène en prévention d’une situation de stress, car il ne s’agit pas ici d’en traiter les symptômes, mais bien de préparer l’organisme à mieux s’adapter, et à être plus résistant et endurant face à cette situation stressante.

Les plantes adaptogènes peuvent être prescrites par exemple avant une période d’examen, en prévention d’une situation professionnelle ou affective difficile, avant un effort physique intense et prolongé, avant un traitement lourd et potentiellement toxique, comme la chimiothérapie par exemple.

 

1. EMEA – European Medicines Agency : COMMITTEE ON HERBAL MEDICINAL PRODUCTS

(HMPC) - REFLECTION PAPER ON THE ADAPTOGENIC CONCEPT – MARS 2008

2. Médecin canadien qui a introduit cette notion en biologie, et auteur de l’ouvrage « The stress of life » en 1956

 

 

 

Quelques exemples de plantes adaptogènes, d'ici ou d'ailleurs

 

TULSI

Nom latin, famille : Ocimum sanctum, Lamiaceae

Pays d’origine : Inde

Composition : acides phénols (a. rosmarinique, gallique, caféique, chlorogénique...), flavonoïdes (apigénol, lutéolol), huille essentielle (sesquiterpènes, eugénol, méthyl eugénol), tanins, triterpènes (acide ursolique), stérols (campestérol, stigmastérol, béta-sitostérol...)

Utilisation traditionnelle : en médecine ayurvédique et tibétaine, on utilise les feuilles fraiches ou sèches comme stimulant général, protection contre le vieillissement, purification et détoxication, protection du système cardio-vasculaire, respiratoire et digestif, effet antalgique et anti-inflammatoire, antibactérien, antiviral, antiparasitaire, action anti-toux, action fébrifuge, anti-stress, tonifiant du corps mais apaisant de l’esprit. Les feuilles de tulsi, consommées telles quelles ou en infusion, étaient sensées apporter santé, bien-être et longévité, guérir toutes les maladies infectieuses et particulièrement respiratoires, prévenir les maladies cardiovasculaires, prévenir et guérir ulcères gastriques, troubles intestinaux, diabète.

Toujours en médecine ayurvédique ou tibétaine, le tulsi était considéré comme une plante quasi universelle capable de prévenir le vieillissement à tous les niveaux, mais aussi d’apaiser l’esprit tout en stimulant le corps, et de vaincre de nombreuses douleurs.

Utilisation en phytothérapie européenne : les études scientifiques modernes ont reconnu les actions apaisantes et équilibrante du corps et de l’esprit, de protection contre les affections de la sphère ORL, ses propriétés digestives, la régulation de la tension artérielle, de la glycémie, la stimulation des défenses immunitaires, son effet adaptogène, action anti-oxydante majeure, ses propriétés antibactérienne, antivirale et antiparasitaire, mais aussi anti-inflammatoire.

ASHWAGANDHA

Nom latin, famille : Withania somnifera, Solanaceae

Pays d’origine : Inde

Composition : l’ashwagandha contient des antioxydants (glycowithanolides), du fer, du glucose, des acides gras et des tanins, ainsi que des flavonoïdes, des lactones et des acétylstérylglucosides. L’ashwagandha comporte également des alcaloïdes comme l’ashwagandhine, la withasomine, whitanine, l’anaférine, l’anahygrine, le cuscohygrine ou encore le tropane. Elle contient aussi des alcaloïdes de type stéroïdiens, appartenant au groupe des terpénoïdes : somniférine, somnine, anferine et enfin withanolides.

Utilisation traditionnelle : l’ashwagandha est une plante centrale de la médecine ayurvédique, utilisée pour de nombreuses propriétés, notemment ses propriétés adaptogènes : elle aide l’esprit et le corps à s’adapter aux stress, d’origine physique ou nerveux. Elle augmente la force vitale et agit comme un tonique général, apportant vitalité et longévité, et aidant à coordonner le corps et la conscience. Elle est utilisée comme aphrodisiaque, et également comme aide pour retrouver un sommeil réparateur.

Utilisation en phytothérapie européenne : l’ashwagandha est utilisée en phytothérapie européenne pour les mêmes propriétés adaptogènes, qui permettent d’augmenter la résistance de l’organisme au stress. Elle est également utilisée pour ses propriétés anti-inflammatoires, comme tonique du système nerveux (améliore les fonctions d’apprentissage et de mémoire, aide à retrouver un sommeil réparateur), tonique du système reproducteur et endocrinien, tonique immunitaire.

GINSENG

Nom latin, famille : Panax ginseng, Araliaceae

Pays d’origine : Corée, nord-est de la Chine, est de la Sibérie

Composition : acides aminés, glycopeptides, huile essentielle (sesquiterpènes : panacène, béta-élémène), polyines (panaxynol, panaxytriol), amidon, saponosides (une trentaine de ginsénosides), stérols, vitamines, oligo-éléments

Indications: tonique et protecteur du système cardiovasculaire, améliore la concentration et la mémoire, renforce le système immunitaire, augmente la résistance de l’organisme de façon aspécifique, traite la dysfonction sexuelle

 

 

ELEUTHEROCOQUE

Nom latin, famille : Eleutherococcus senticosus, Araliaceae

Pays d’origine : Est de la Sibérie, Nord de la Chine

Composition : acides phénols et dérivés (a. chlorogénique, caféique, éleuthéroside B), coumarines (éleuthéroside B1), lignanes, polysaccharides, saponosides, sels minéraux, phytostérols (éleuthéroside A), vitamines

Indications: fatigue physique et intellectuelle, préparation à une période de stress (examen, épreuve sportive), prévention du stress d’origine nerveuse, troubles de la mémoire et de la concentration, prévention des affections hivernales, troubles du système cardiovasculaire dus au stress.

 

 

SCHISANDRE

Nom latin, famille : Schisandra sinensis, Schisandraceae

Pays d’origine : Nord-est de la Chine, Mongolie

Composition : acides organiques (a. citrique, malique, tartrique), huile essentielle (citral, limonène), lignanes, oligo-éléments (sélénium, germanium, zinc), triterpènes, vitamines (C, B6, E)

Indications: fatigue générale physique et intellectuelle, épuisement nerveux, difficultés de mémoire et concentration, convalescence, traitement adjuvant à la chimiothérapie, baisse de la libido, préparation sportive, infections respiratoires, insuffisance hépatique

 

 

MAITAKE

Nom latin, famille : Grifola frondosa, Polyporaceae

Pays d’origine : Asie, Europe, est de l’Amérique du Nord

Composition : polysaccharides dont béta-glucanes

Indications: stimulant du système immunitaire, améliore la résistance au stress, adjuvant de traitement dans les chimiothérapies et autres pathologies nécessitant une stimulation des défenses immunitaires, action hypotensive

 

 

ASTRAGALE

Nom latin, famille : Astragalus membranaceux, Fabaceae

Pays d’origine : Nord de la Chine

Composition : acide gamma-aminobutyrique, falvonoïdes, polysaccharides hétérogènes (astragalanes I, II, III), saponosides (astragalosides I à VIII, cycloastragénol), acides aminés, phospholipides, oligo-éléments

Indications: fatigue chronique avec manque de résistance  l’effort, état de stress avec tendance dépressive, infections chroniques, mauvaise résistance au froid, allergies saisonnières, adjuvant de traitement dans les chimiothérapies

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